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La lettre d'information de FinHarmony

XBRL

Lettre d’information n°6

XBRL, l’avenir de la communication financière ?

Maintenant que les états financiers des sociétés européennes cotées sont publiés en normes IFRS, va-t-on enfin pouvoir comparer les états financiers ? Pas si sûr.

Tout d’abord, la première application du référentiel, selon le principe du « ni-ni » (ni obligation, ni interdiction de retraiter le passé) ne garantit pas la comparabilité à l’ouverture. Comme toutes les études consacrées au sujet l’ont montré, celle de FinHarmony la première, les états financiers d’ouverture en IFRS sont très divers. La comparabilité ne va s’installer que progressivement.

Mais surtout, même une fois les états financiers rendus comparables, il restera des différences de forme : la langue et l’ordre de présentation resteront un obstacle. Pire : pour élaborer des tableaux comparatifs, il faudra encore saisir l’information à la main, à moins d’être abonné à un service spécialisé payant. Trouver un moyen de rendre toute cette information financière plus fluide et comparable reste donc très intéressant. Si elle était exploitable par l’informatique, grâce à un langage commun, la comparaison deviendrait aisée. C’est la promesse d’XBRL.

Après avoir homogénéisé le fond de l’information financière par les IFRS, l’IASB promeut l’harmonisation de sa forme par XBRL. Ce numéro vous aide à faire le point sur cette prochaine grande étape.

Bonne lecture !

Etonnements

Si XBRL est si important, pourquoi en parle-t-on si peu ?

XBRL représente la promesse d’une information financière enfin exploitable par informatique : finies les saisies manuelles, finis les problèmes d’interfaces entre les différents systèmes, finis les problèmes de traduction. C’est une telle avancée que l’on se demande pourquoi on n’en parle pas plus. En particulier en France, le silence est assourdissant. Comment cela s’explique-t-il ?

En fait la France n’est pas en retard, c’est plutôt le contraire - et c’est bien là le problème. En France, pays de Descartes, on a réfléchi depuis longtemps à un format standardisé pour l’information financière. Avec un plan comptable général, des modèles d’états financiers, une liasse fiscale extrêmement précise et détaillée, il n’est pas si difficile de faire passer les états financiers d’un système à l’autre, car les données sont bien définies. Depuis plusieurs années, on a organisé l’échange de données informatisées (EDI) en matière financière, et il fonctionne de manière raisonnablement satisfaisante.

En revanche, dans les pays sans tradition de plan comptable général, où les plans de comptes sont très différents d’une entreprise à l’autre, le besoin d’un système de communication est beaucoup plus criant. Dans ces pays, XBRL est donc une promesse beaucoup plus intéressante.

Alors, si la France n’a pas immédiatement un besoin évident d’un langage commun, sa mise en place doitelle se faire sans la France ? Bien sûr que non. L’expérience a montré qu’à être trop en avance, on prend le risque de faire un choix technologique non suivi et de se retrouver marginalisé. Pour que les travaux réalisés en France sur l’échange de données informatisées ne connaissent pas le sort du Minitel à l’arrivée d’internet, il est urgent de s’y intéresser.

Focus

Pleins feux sur XBRL

XBRL, c’est quoi ?

XBRL est une norme internationale de format d’échange de données, pas un logiciel. Ce langage a été développé dans le cadre d’une association internationale, le W3C (pour World Wide Web Consortium), dont l’objectif est « d’amener le Web à réaliser son plein potentiel ». C’est le W3C qui a, en son temps, conçu l’autre grand format de données de l’internet : HTML. Comme son « ancêtre », XBRL est une norme ouverte : il n’y a pas de redevance à payer pour l’utiliser. La plupart des éditeurs de logiciels participent aux travaux sur XBRL, ainsi que de nombreux intervenants de la chaîne de l’information financière : agences de notation, cabinets d’audit, etc. En particulier, Microsoft, qui est membre, annonce que les prochaines versions d’Excel pourront récupérer des données au format XBRL. L’avenir d’XBRL s’annonce donc brillant.

Quel est le principe ?

Le principe général de fonctionnement est simple : comme tous les formats d’échange de données informatisées, XBRL repose sur l’étiquetage des données. Pour que des programmes informatiques puissent s’échanger de l’information, il faut (et il suffit) qu’il existe une norme pour reconnaître cette information. XBRL s’appuie donc sur un référentiel commun, la « taxonomie ». En tant que science, la taxonomie est la science du classement et du nommage. Pour illustrer la taxonomie, en matière de sciences du vivant, on dira par exemple : « ceci est un végétal, de la famille des arbres, sousfamille des arbres fruitiers, c’est un pommier ». La taxonomie fait donc office de dictionnaire : un recueil ordonné de définitions de termes. S’agissant d’échange d’information financière, les termes à définir sont les termes comptables et financiers. Justement, la comptabilité est déjà en elle-même une science du classement et du nommage : « ceci est une charge, catégorie frais de personnel, c’est le compte de charges sociales ». Il y a donc une correspondance assez naturelle entre information financière et XBRL.

Du côté technique

XBRL est un format spécifiquement lié à internet, basé sur une autre technologie, XML (eXtensible Mark-up Language). XML est le descendant du standard plus ancien SGML, qui a donné naissance à HTML. A la base du succès d’internet, HTML est essentiellement un système de mise en forme de l’information. Comme dans un traitement de texte, l’information et sa mise en forme (gras, italique, centré, etc.) ne sont pas séparées, mais directement incluses dans le cœur du document. XML ressemblerait plus à un tableur, où l’information est contenue dans une cellule, dont on peut accéder au contenu directement, sans lire le document en entier. Bien sûr, cela ne marche que si on sait précisément où trouver quelle information, d’où le rôle de la taxonomie. XBRL signifie eXtensible Business Reporting Language, c’est l’extension d’XML au domaine comptable et financier. Dans les deux cas, le X d’extensible signifie que la taxonomie n’est pas forcément figée, mais extensible : on peut ajouter de nouvelles définitions au fur et à mesure des besoins.

Et pour les comptables ?

On voit bien à quel point tout repose sur la taxonomie, ensemble de définitions partagées des termes financiers. Justement, le normalisateur comptable international, l’IASB, participe activement aux travaux sur XBRL et assure la promotion d’une taxonomie IFRS. En particulier, il a publié en mai 2005 la taxonomie IFRS GP (General Purpose). Elle a le statut de « définitive » et s’appuie sur les IFRS à la date du 31 décembre 2004, c’est-à-dire qu’elle correspond à la « plate-forme stable » des IFRS que les sociétés cotées européennes doivent appliquer depuis le 1er janvier 2005. Il existe un complément à cette taxonomie pour les institutions financières.

Perspectives

XBRL bientôt obligatoire ?

XBRL promet monts et merveilles aux utilisateurs de l’information financière : finies les saisies manuelles, finis les problèmes de traduction, etc. Mais les bénéfices attendus ne seront au rendez-vous que si les entreprises utilisent vraiment ce format pour communiquer. Or, il s’agit d’un de ces projets où ce n’est pas celui qui fournit l’effort qui en profite le plus. Les bénéficiaires d’XBRL sont les utilisateurs de l’information financière, mais ce sont les entreprises qui en supportent le coût. Si elles ne voient pas l’avantage d’XBRL, elles ne feront pas l’effort. A moins que cela ne devienne obligatoire.

Dans le monde entier, on constate que les régulateurs des marchés financiers s’intéressent de près à XBRL, de même que certains organismes de tutelle, voire des administrations, y compris fiscales. La revue ci-dessous, bien que non exhaustive, permet de s’en convaincre.

Tout d’abord, quelques initiatives récentes montrent l’intérêt apporté à XBRL par les régulateurs et autres organismes nationaux de surveillance dans le monde entier. Par exemple, en juillet 2005, l’institut national de la statistique irlandais (Central Statistics Office) a lancé son premier programme test, portant sur la collecte d’informations en provenance des entreprises. En Espagne, la CNMV (Comision Nacional del Mercado de Valores) a autorisé les entreprises à publier leur information financière obligatoire en XBRL. Aux Etats-Unis, la SEC, le régulateur boursier qui s’intéresse depuis longtemps à XBRL, a lancé le 3 février 2005 un programme volontaire de dépôt des états financiers au format XBRL. L’histoire de la SEC montre que les programmes volontaires ont tendance à devenir obligatoires après quelques années.

En ce qui concerne l’Union européenne, le régulateur bancaire européen CEBS (Committee of European Banking Supervisors), qui regroupe tous les régulateurs bancaires de l’Union, dont naturellement la Commission Bancaire française, s’est fixé pour objectif d’harmoniser les obligations de publication des banques européennes. Dans ce cadre, le CEBS a lancé une consultation sur l’élaboration d’un reporting commun à tous les pays européens (COREP : COmmon REPorting). Dans sa consultation CP04 de janvier 2005, le CEBS a annoncé que le format recommandé pour ce reporting commun serait XBRL. Néanmoins, à ce stade, il n’est pas obligatoire.

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